La Fédération russe d’athlétisme conteste devant le TAS le maintien des sanctions de World Athletics visant les athlètes russes et bélarusses.
Récemment, Sebastian Coe a confirmé que World Athletics entendait maintenir sa position.
Le contentieux soulève des questions essentielles sur la proportionnalité des sanctions collectives, les droits des sportifs et l’autonomie des fédérations internationales.
À l’approche des Jeux de Los Angeles 2028, la décision du TAS pourrait avoir des conséquences au-delà de l’athlétisme.
Alors que la Fédération russe d’athlétisme conteste devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) le maintien des sanctions prononcées par World Athletics, Sebastian Coe vient de confirmer publiquement que l’instance internationale entend défendre sa position. Derrière ce nouveau contentieux se pose une question fondamentale : jusqu’où une fédération internationale peut-elle aller dans l’exclusion d’athlètes en raison de la situation politique de leur État ?
Dans une interview accordée à Euronews le 15 septembre 2026, le président de World Athletics, Sebastian Coe, a réaffirmé que l'organisation ne modifierait pas sa position concernant la participation des athlètes russes et bélarusses aux compétitions internationales.
« Nous maintiendrons notre position et nous la défendrons », a-t-il déclaré.
Cette prise de position intervient alors que la RusAF a engagé deux procédures devant le TAS au cours de l'été 2026, contestant les décisions de World Athletics relatives au maintien des sanctions et à l'exclusion des athlètes russes.
Pour rappel, World Athletics a décidé, en mars 2022, d'exclure les athlètes, officiels et membres des équipes russes et bélarusses de ses compétitions internationales à la suite de l'invasion de l'Ukraine.
Le Conseil de World Athletics a encore confirmé cette position en juillet 2026, après avoir examiné différentes options concernant l'évolution des sanctions. L'organisation a néanmoins indiqué travailler sur une voie conditionnelle permettant à terme un retour à la compétition internationale.
La décision de World Athletics intervient toutefois dans un contexte international désormais plus fragmenté. Le Comité international olympique a en effet assoupli sa position concernant la participation des sportifs russes et bélarusses aux qualifications pour Los Angeles 2028, tout en laissant aux fédérations internationales une marge de décision concernant leurs propres compétitions. Certaines fédérations internationales ont également commencé à réintégrer certains sportifs sous statut neutre.
World Athletics conserve donc une position particulièrement restrictive.
C'est précisément cette divergence qui donne au nouveau contentieux devant le TAS une portée qui dépasse le seul cas de l'athlétisme.
La Fédération russe d'athlétisme estime que le maintien des sanctions porte atteinte à ses droits et empêche notamment la fédération de représenter pleinement les intérêts des athlètes russes au niveau international.
Selon les informations communiquées par la RusAF, le recours porte notamment sur la possibilité pour les athlètes russes de participer au processus permettant de se qualifier pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, ainsi que sur la restauration des droits de la fédération elle-même. Le contentieux comporte ainsi deux dimensions distinctes :
le statut de la fédération nationale elle-même ;
les conséquences de ces sanctions sur les droits individuels des sportifs.
Cette distinction pourrait être déterminante dans l'analyse juridique du dossier.
Une fédération internationale dispose en effet d'une autonomie importante pour organiser son sport et déterminer les conditions de participation à ses compétitions. Cette autonomie n'est toutefois pas nécessairement absolue.
Le véritable débat juridique : peut-on distinguer l'athlète de son État ?
C'est probablement la principale question juridique soulevée par cette affaire.
Les athlètes russes concernés ne sont pas nécessairement eux-mêmes responsables des décisions prises par les autorités russes.
La RusAF soutient donc que l'exclusion collective peut porter atteinte aux droits des sportifs qui n'ont personnellement commis aucun fait susceptible de justifier une sanction.
World Athletics développe une approche différente.
Dans son interview récente, Sebastian Coe insiste sur le fait que la position de World Athletics ne serait pas fondée sur la nationalité des sportifs mais sur « l'intégrité de la compétition ».
Le débat devant le TAS pourrait donc conduire à s'interroger sur la proportionnalité d'une mesure d'exclusion collective.
Autrement dit : une fédération internationale peut-elle poursuivre un objectif légitime de protection de l'intégrité de ses compétitions en adoptant une mesure affectant indistinctement des sportifs qui ne sont pas personnellement impliqués dans les faits à l'origine de la décision ?
Le principe de proportionnalité occupe une place importante dans le contentieux sportif international.
Il ne suffit pas nécessairement qu'une fédération poursuive un objectif légitime. Encore faut-il que les moyens utilisés soient adaptés à cet objectif et qu'ils n'aillent pas au-delà de ce qui est nécessaire.
Dans le cas présent, plusieurs questions pourraient donc être examinées :
La mesure poursuit-elle un objectif légitime ?
World Athletics invoque notamment l'intégrité des compétitions et la protection de son organisation sportive. C'est la justification actuellement mise en avant par Sebastian Coe, laquelle semble, a priori, effectivement légitime.
L'exclusion collective est-elle nécessaire pour atteindre cet objectif ?
La comparaison avec les solutions adoptées par d'autres fédérations pourrait alimenter le débat, notamment lorsque certaines organisations autorisent une participation sous statut neutre.
Existe-t-il des mesures moins restrictives ?
C'est probablement l'une des questions les plus sensibles : maintien d'une exclusion totale, participation sous statut neutre, restrictions individuelles ou conditions particulières de participation.
Le TAS pourrait être amené à apprécier cette balance entre autonomie réglementaire de la fédération et droits des sportifs concernés. C’est ce que certains auteurs ont qualifié de « nouveau test devant le TAS ».
L'affaire est d'autant plus intéressante que les fédérations internationales n'ont pas toutes adopté la même stratégie, ce qui crée une forme de fragmentation du droit sportif international.
Un même athlète russe peut ainsi, selon sa discipline, être autorisé à participer à certaines compétitions internationales sous statut neutre et rester exclu d'autres compétitions.
Le principe d'égalité de traitement pourrait ainsi également être invoqué dans le débat, même si son application concrète dépendra du cadre juridique applicable et des circonstances propres à chaque fédération.
Quel contrôle pour le TAS ?
Le dossier illustre enfin une question plus générale sur le rôle du Tribunal arbitral du sport.
Le TAS constitue l'une des principales juridictions internationales du mouvement sportif. Il est régulièrement amené à contrôler les décisions prises par les fédérations internationales, notamment lorsqu'elles affectent le statut des athlètes ou l'organisation des compétitions.
Le Tribunal ne se substitue toutefois pas simplement à la fédération dans l'exercice de son pouvoir réglementaire.
La question sera donc de savoir jusqu'où peut aller le contrôle arbitral d'une décision relevant de l'autonomie d'une fédération internationale.
Le TAS devra potentiellement mettre en balance :
l'autonomie réglementaire de World Athletics ;
l'objectif de protection de l'intégrité des compétitions ;
les droits des athlètes ;
le principe de proportionnalité ;
les éventuelles alternatives à l'exclusion ;
et les conséquences concrètes de la mesure sur les sportifs concernés.
La réponse apportée par le TAS pourrait influencer les futurs contentieux relatifs aux sanctions collectives, à la neutralité des sportifs et aux conséquences sportives des conflits internationaux.
L'affaire devra donc être suivie non seulement par les acteurs de l'athlétisme, mais également par les fédérations, clubs, athlètes et conseils intervenant dans le contentieux sportif international.
Le prochain épisode, comme souvent, se jouera désormais devant le TAS.
Pourquoi les athlètes russes sont-ils exclus des compétitions d’athlétisme ?
Qu'est ce qui justifie une exclusion collective ?
Quel est la nature du "test russe" devant le TAS ?





